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Hommage à Jacques Truphémus

Hommage à Jacques Truphémus

 

Je me souviens de... Jacques Truphémus 

Par Olivier Cena

TÉLÉRAMA 3532 du 20 septembre 2017

 

Nous avions déjeuné il y a cinq ans au Café Bellecour, à Lyon, où Jacques Truphémus avait ses habitudes - une place réservée face à un petit tableau de Georges Bouche, un autre peintre lyonnais (bien que Truphémus fût né à Grenoble, il passa la majeure partie de sa vie à Lyon). Il m’avait dit : «Lui, c’est un peintre», précisant ainsi et son admiration et sa façon bien à lui de classer les artistes sans jamais les critiquer - être ou ne pas être donc.

Son atelier était proche, au dernier étage d’un immeuble cossu, entre Saône et Rhône. Sur l’un des murs, des reproductions montraient ses autres admirations : Manet, une fresque de Pompéï, Picasso, Cézanne, Rembrands, Goya, Bonnard, Poussin, Monet, Toulouse-Lautrec, Giacometti.

De ce dernier, Truphémus avait l’entêtement et la modestie. Il a toujours suivi son chemin, seul. Sans doute cet entêtement et cette modestie sont-ils la cause du peu de renommée dont jouit sa peinture en dehors d’un cercle de passionnés éclairés - Balthus était de l’un d’eux. Il tenait Truphémus pour un grand artiste. «Vous voyez en peintre, lui avait-il écrit. Et vous vivez à travers votre peinture. Vous appartenez à la lignée de Morandi et certains de vos paysages me font penser à Giacometti - tout en étant essentiellement Truphémus - c’est-à-dire uniques».

Mais le regard amical de Balthus n’a pas suffi à ouvrir les portes des grandes institutions. Truphémus, né en 1922, a suivi la voie de l’art moderne, indifférent dans sa jeunesse aux petites révoltes surréalistes puis, plus tard, aux secousses postmodernes (du pop art à l’art conceptuel). Or, chantait Brassens, «les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux».

Lui, il peignait sa femme, Aimée, décédée en 2000, et la lumière, celle de Lyon et surtout celle des Cévennes, où il passait l’été. Les dernières années, il s’excusa de ne pouvoir peindre plus de trois heures d’affilée avant de s’évanouir. Dans ces tableaux d’une liberté inouïe, le vieux peintre laissait des surfaces vierges, jouait avec les dégoulinades, s’autorisait des couleurs à l’acidité délicate.

«C’est vrai, je suis plus libre aujourd’hui, disait-il. Quand on est jeune, on a la tête farcie de conventions, d’obligations, de choses qui brident. Il faut du temps pour être soi-même».

Oui il faut du temps, mais aussi du courage, du talent, de l’abnégation pour être, comme l’écrivait Balthus, «unique». 

Jacques Truphémus, Soleil couchant sur la saône, 1961,  huile sur toile, 155 x 220 cm, collection particulière.

Jacques Truphémus, Soleil couchant sur la saône, 1961, huile sur toile, 155 x 220 cm, collection particulière.

Photos Josette Vial, tous droits réservés

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